."Un grand peintre ne fait pas qu'imposer ses oeuvres à nos esprits: il finit par changer tout notre paysage intérieur. Chaque image produite par son art, reproduite par notre âme, devient pour nous, peu à peu, la mesure de la beauté du monde" . .

 ."Un grand peintre ne fait pas qu'imposer ses oeuvres à nos esprits: il finit par changer tout notre paysage intérieur. Chaque image produite par son art, reproduite par notre âme, devient pour nous, peu à peu, la mesure de la beauté du monde"  . .



Je voulais parler de Caravage depuis quelques jours mais j'ai du réviser et pour finir je suis tombée sur Caravage au partiel alors j'ai eu l'impression que je me répéterais ou que rien de bien pertinent ne sortirait d'ici.
Je le pense toujours. Le sujet de jeudi c'était "Peut-on parler de réalisme à propos du caravagisme?"
Je ne m'étais jamais posé cette question, mais je crois avoir su y répondre. Je crois.

En tout cas je ne peux pas faire ce blog sans mentionner Caravage. Je ne sais pas encore quelle oeuvre je mettrai en illustration, je n'ai pas envie de faire un commentaire d'oeuvre tout technique alors je laisse mes idées voguer. Caravage est un artiste qui, pour ce qui est de mon "avis", n'a pas eu besoin d'organiser ses compositions de façon très classique pour faire des choses très touchantes, très violentes en terme de sens, très percutantes pour le spectateur. C'est donc l'un des premiers à m'avoir touchée également, avec Michel Ange et les autres humanistes de la Renaissance dont tout le monde a déjà entendu parler et ne saurait détester. Caravage, c'est autre chose. Il est né en 1571 et mort en 1610, donc assez jeune. Il y a tellement de choses à dire que je ne sais pas par où commencer. Caravage est le nom donné à ce peintre parce qu'il venait de Caravaggio, une petite ville d'Italie. Son vrai nom était Michelangelo Merisi. C'était une personne à la réputation très tapageuse, d'un caractère violent, sombre, torturé. Il aurait tué deux personnes. La première fois je crois qu'il a été blanchi par ses relations au sein de l'Eglise qui l'a en tout cas sorti de beaucoup d'histoires de ce genre, des rixes, des aggressions auxquelles il aurait été mêlé. Ce caractère et ce mode de vie transparait assez dans son oeuvre entière, toujours assez sombre en terme de teintes, et presque toujours très critiquée à l'époque. C'est là que la question du réalisme se pose. Caravage prenait comme modèles des personnes qu'il connaissait, qui partageaient pour certaines ses nuits dans les ruelles sombres... il choquait parce qu'il les intégrait à ses tableaux pour ses représentations de scènes religieuses, par exemple un vieillard aux pieds sales et au visage ridé pour le Crucifiement de Saint Pierre, ou une prostituée pour Judith et Holopherne, d'ailleurs l'histoire de Judith tranchant la gorge d'Holopherne est issue d'un texte apocryphe je crois.

Il faut souligner que Caravage est l'un des principaux "protagonistes" de la Contre Réforme, c'est à dire pour faire court, la réponse de l'Eglise catholique à la Réforme protestante qui banissait le culte des images et engendra des conflits iconoclastes (destruction des images) assez importants. A la Contre-Réforme, l'Eglise autorisait les images religieuses mais dans le but d'instruire le fidèle et d'exalter sa foi. Par conséquent les artistes devaient se plier à des règles idéologiques s'ils voulaient faire carrière, enfin avoir des commandes.
Les tableaux du Caravage quittent le domaine du réalisme dans ce contexte là je pense. Malgrè les portraits et autoportraits, les scènes représentées ne reproduisent pas une réalité, elles ont une finalité bien précise, celle de toucher le fidèle. Elles ont un côté dogmatique non négligeable, un très fort caractère religieux au delà de la représentation des saints et autres martyrs en contemporains des bas quartiers. Enfin j'espère ne pas dire n'importe quoi. J'aurais peut-être du attendre ma note avant de publier...
Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, loin de ce contexte religieux, les oeuvres n'ont plus du tout le même impact sauf pour les scènes profanes et encore. Pourtant elles m'ont vraiment touchée, fait quelque chose, et puis en m'intéressant à cet artiste qui avait peint cette oeuvre si belle et si puissante que j'avais sous les yeux pour la première fois, je me suis prise de passion pour cet être si particulier, si décalé, que fut Caravage. Je ne crois pas que l'idée de rebelle soit la bonne, disons que si l'on compare son oeuvre à celle d'Annibale Carrache, son contemporain et autre principal protagoniste de la Contre Réforme, c'est assez édifiant je crois. Ce dernier était le peintre par excellence dont, contrairement à Caravage, on ne nia pas systématiquement le talent et le génie de son vivant, qui créa une académie (Accadémia dei Incaminatti, 1589), donc qui eut beaucoup d'élèves pour prendre la relève et propager le style, qui eut de grandes commandes (comme le plafond du palais Farnèse). Enfin, Nicolas Poussin, le peintre classique francais par excellence qui vécu un peu plus tard, affirma que Caravage était né pour détruire la peinture, ce qui donne une idée assez précise de sa réputation chez les peintres académiques. Ses tableaux furent pour beaucoup cachés et on n'a redécouvert son oeuvre que récemment...
J'aimerais parler de la façon dont Caravage a traité certaines de ses oeuvres, évoquer le cadrage serré, l'épuration de détails touchant à l'essentiel, les teintes violemment contrastées créant des jeux de clairs-obscurs, etc... Mais je crois que ça deviendrait un peu long, je ne sais pas. Je reprendrai peut-être cet article un peu plus tard.


Illustration:
Le Crucifiement de Saint Pierre par Caravage
Huile sur toile -
Conservée à l'église Santa Maria del Popolo
Rome.

# Posté le dimanche 07 juin 2009 19:12

Modifié le lundi 08 juin 2009 12:56

.The Scream.

.The Scream.



« J'étais en train de marcher le long de la route avec deux amis - le soleil se couchait - soudain le ciel devint rouge sang – j'ai fait une pause, me sentant épuisé, et me suis appuyé contre la grille - il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir et de la ville - mes amis ont continué à marcher, et je suis resté là tremblant d'anxiété - et j'ai entendu un cri infini déchirer la Nature ».
Edvard Munch à propos de son oeuvre.



Le Cri - Edvard Munch
Huile sur toile et pastel - 1893
Conservée à la galerie nationale d'Oslo
Il y a trois autres versions du tableau dont deux se
trouvent aujourd'hui au musée Munch d'Oslo,
la dernière dans une collection particulière.




# Posté le mardi 02 juin 2009 14:55

."L'homme est un enfant mort dans l'amour." ..

."L’homme est un enfant mort dans l’amour." ..


Oeuvre en entier

Par où commencer... J'étais en première année la première fois que j'ai vu l'image de cette oeuvre. J'aurais bien du mal à décrire ce que j'en ai pensé, disons que c'est l'une des premières oeuvres, voire la première qui ait pu vraiment me faire quelque chose, me toucher juste pour sa beauté plastique. Premièrement, je n'ai rien pu faire d'autre que de la trouver belle parce que je n'avais pas d'autre notion de l'art. Remarque peut-être plus palpitante, l'attribuer à Michel Ange fut, de par mon ignorance tout d'abord, tout à fait impossible, cependant en tant qu'oeuvre de jeunesse de l'artiste, son origine ne va pas si évidemment de soi. Il s'agit d'une des deux Pietà (Vierge de douleur), dont la deuxième fut réalisée à la toute fin de la vie de Michel Ange, c'est-à-dire si mes calculs sont bons, soixante-cinq ans après la réalisation de celle-çi. Parce qu'il est mort, il n'a pas eu le temps d'achever cette dernière oeuvre. Là comparer à celle que je présente ici, réalisée par Michel Ange lorsqu'il avait vingt-quatre ans, est édifiant pour en revenir à la complexité relative de son attribution.

Elle est conservée en l'église Saint Pierre de Rome, au Vatican. A l'origine elle a été commandée par un cardinal, l'ambassadeur de France à Rome, pour décorer son tombeau dans la chapelle des rois de France à Saint Pierre.

J'ai décidé de publier sur cette oeuvre pour plusieurs raisons, dont celle qu'elle puisse toucher sans connaissance particulière en histoire de l'art. Elle est accessible je crois pour cette raison. Mais pourquoi? Le thème de la Pietà, la Vierge qui souffre de la mort du Christ, a été très souvent représenté en art comme vraiment effondrée, le spectateur pouvant aisément traduire, ressentir la douleur qui se dégage. Souvent, c'est son statut de mère souffrant de la perte de son enfant qui prend le dessus sur le statut sacré des deux protagonistes avec une Vierge humanisée, là rapprochant par ce biais du fidèle de l'époque, plus facilement atteint ainsi, sa foi étant toujours la finalité de l'oeuvre sacrée.
Ici, Michel Ange représente une Vierge extrêmement belle, extrêmement jeune, de l'âge de son fils voire moins. Selon l'artiste, la virginité de Marie serait la raison de son apparente jeunesse, et renforcerait le caractère sacré de l'oeuvre: "Ne sais-tu pas que les femmes chastes se conservent beaucoup plus fraîches que celles qui ne le sont pas? Combien plus par conséquent une vierge, dans laquelle jamais n'a pris place le moindre désir immodeste qui ait troublé son corps." Son visage est paisible, sa douleur contenue, pudique, détails de retenue qui concernent aussi le Christ et son corps. Pourtant, ce dernier est, selon les textes, mort dans des conditions d'extrême souffrance puisque crucifié, et Marie semble accepter avec sérénité cette volonté de Dieu plus que souffrir de la perte de son enfant. Le corps du Christ est plongé dans un sommeil profond et silencieux pour l'éternité dans une légère torsion du torse, détail anatomique cher à l'artiste et représenté ici de façon parfaite, idéale, faisant écho à la personalité, à la finalité de l'existence, de celui qui repose chétif dans les bras de sa mère, qui ne semble pas indisposée de ce corps reposant sur ses genoux.
La Trinité sous-jacente à la scène représentée est matérialisée par la composition pyramidale, triangulaire adoptée ici par Michel Ange.
Particularité propre à la technique de Michel Ange en sculpture, celle de la taille directe c'est-à-dire le fait qu'il ait toujours sculpté dans un seul bloc de marbre, extrayant les figures de la pierre comme si elles y reposaient déjà. Détail remarquable parce que cette technique bannit toute erreur de la part de l'artiste. Tout d'abord recommencer n'entre pas dans le budget du commanditaire (coût du marbre), ni dans les délais temporaires imposés, et puis c'est simplement une contrainte technique pour l'artiste. Soulignons enfin la jeunesse de Michel Ange qui n'était de surcroit pas expérimenté pour la réalisation d'une telle commande, et qui l'a finalement réalisée en très peu de temps (un an environ) et a satisfait son commanditaire, ce qui n'a pas toujours été de soi, même chez Michel Ange.




Illustration:
Pietà par Michelangelo Buonarroti(détail)
1498-99
Conservée à Saint Pierre de Rome
1m74 - Marbre.


# Posté le dimanche 31 mai 2009 20:02

Modifié le lundi 01 juin 2009 07:22

.- Noli me Tangere - .

 .- Noli me Tangere -  .



Je crée ce blog pour tous les amateurs d'art et d'histoire de l'art dont je suis moi-même passionnée.
Je pense que je présenterai successivement des oeuvres qui m'ont touché et dont j'ai envie de parler, dont j'ai envie de traiter quelque part, pour partager avec ceux que ça intéresse, c'est à dire presque personne! Ah ah. Mais je le fais aussi pour moi dans le cadre de mes études, pour me mettre un peu au défi aussi de créer des petites publications qui ne soient toutefois pas trop scolaires, plus anecdotiques que des exposés un peu lassants à rédiger. J'ai juste envie je crois de faire ce blog pour moi-même en premier lieu, parce qu'il ne m'est finalement presque jamais donné l'occasion de parler de ce que je ressens à propos de l'art de tous les temps et de ce que les productions respectives des artistes me procurent. Je me pose chaque jour la question de savoir quelle est l'époque, le style, l'art, l'idéologie qui me bouleverse le plus, et chaque fois que je me penche d'un peu plus près sur une oeuvre je crois trouver la réponse. Je me demande dans quoi je me spécialiserai plus tard dans mes études et dans mes recherches, avec la maturité que m'apportera le temps, je pense que l'art monumental de Michel Ange, de Raphaël, de Titien, de De Vinci, du Bernin, des Carrache (en particulier Annibale), du divin Caravage qui m'a bouleversé la première fois que j'ai vu l'une de ses oeuvres, et de tous les grands créateurs de l'époque moderne, l'emportera peu à peu sur les grandes expériences avant gardistes qui m'ont d'abord intéressée et fascinée. Ce sont toutefois deux grandes périodes pour lesquelles je pourrais consacrer mon temps et ma vie pour ce qu'elles m'ont apportées. J'ai l'impression de trouver une part de réponse à la grande question que se trouve être mon existence et à celle de la légitimité de tout être humain. J'ai toujours au fond de moi ce sentiment d'être née à la mauvaise époque, non pas que j'aurais spécialement préféré que de vivre en ce siècle, mais où il y aurait eu une place pour moi. Je pense que l'art est le plus bel échappatoire à la superficialité qui nous entoure à chacun de nos pas, et qu'il peut sauver la vie lorsqu'on se perd dans le côté sombre que l'on porte en chacun de nous. Que des personnes puissent encore sauver la vie plusieurs siècles après leur mort, je trouve que c'est la plus belle réponse de la vie à la question de l'existence. J'espère que cette réponse ne quittera plus jamais mon corps et mon esprit.

Je pense que je désactiverai assez vite les commentaires parce que je n'attends pas spécialement d'échos aussi peu nombreux seraient-ils dans cette éventualité, j'en suis consciente. Ensuite, je ne pense pas pouvoir me détacher des connaissances et notions que j'ai pu accumuler à travers mes cours et mes humbles recherches, mais je pense aussi que ce ne seront pas que des choses de ce type qui apparaitront ici, sachez que tous les étudiants passionnés d'histoire de l'art regrettent généralement que l'on ne doive produire lors des examens que des copies toutes semblables les unes aux autres, en clair, qu'on ne puisse pas y introduire une part de nous même aussi humble soit-elle, une infime part d'originalité que la discipline étudiée tendrait à impliquer. Si je fais ce blog, c'est aussi pour contrer une sorte de frustration, celle de ne jamais devoir rendre de devoir sur des oeuvres qui m'inspirent réellement quelque chose de plus fort que mon goût pour les recherches dans des sources diverses, ou de ne jamais tomber en examen sur les oeuvres dont on aurait également le plus envie de parler. En somme, je crois n'avoir jamais eu le sentiment que j'interpellerais quiconque lirait les devoirs que j'ai pu rendre, et je trouve ça dommage. J'espère laisser transparaitre ici une part si infime soit-elle de la passion et du goût que j'ai pour la discipline que j'étudie.



Illustration:
Le Transi de Bar-le-Duc [Mémorial de René de Châlon]
par Ligier Richier (1500-1566)
Vers 1550 -
Pierre calcaire locale, 1m74 -
Conservée à l'église Saint Pierre de Bar-le-Duc.



# Posté le samedi 30 mai 2009 20:03

Modifié le samedi 30 mai 2009 20:24